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20 décembre 2014 6 20 /12 /décembre /2014 20:09

Lettre ouverte aux futurs membres de l’Académie Balzac.

 

Chers Amis de la littérature,

 

Il n’y a pas d’âge ni de strate intellectuelle ou de niveau de conscience pour s’inventer soi-même, et se réinventer en permanence, histoire de prendre à bras le cœur la vocation qui sommeille ou palpite en vous. Or, devenir écrivain appartient à cette géographie souvent confondue, à tort, avec le savoir écrire !

C’est parce que j’ai un certain nombre d’années au compteur, et peut-être aussi quelques copeaux d’expérience, immergés dans le vivier de mes imperfections, de mes doutes et de mes contradictions, que je prends la liberté de vous adresser cette messagère.

En guise de préambule, il me faut vous inviter à ne pas laisser assassiner, sous aucun prétexte, votre talent potentiel, votre soif d’écrire pour être lu, votre rage de faire de la littérature, comme d’autres font une primo-infection, ou ressentent la nécessité vitale d’avoir intimement, affectivement, mentalement,  psychologiquement, besoin de cet oxygène particulier pour aller plus loin sur leur chemin de vie. Laissez, dans votre prairie interne, une large place au patrimoine de votre imaginaire, à votre pouvoir émotionnel, à votre inspiration la plus déhanchée, et à toutes ces valeurs imputrescibles, inextinguibles, et considérées comme marginales, qui ne sont pas cotées en bourse ! Mettez-vous en jeu pour devenir vous et non point l’image que les autres attendent de vous. Cette décalcomanie contagieuse réduit au silence bien des voix qui ne demandent qu’à s’exprimer, et que le conformisme envahissant fait avorter !

Nombre de personnes, garrottées par des savoirs dangereux  ou par de faux savoirs, menottées par la grande broyeuse qui entend écrêter l’humaine piste pour robotiser les esprits, s’éloignent des chemins de la littérature par timidité, par manque d’audace ou de confiance, alors qu’initialement elles tutoyaient ce rêve intime qui bouillonnait en elles. Il est vrai qu’apprendre à devenir soi-même dans une société où l’on vous contraint à devenir un autre, est une épreuve insurmontable ! L’Académie Balzac est parfaitement consciente de l’immense gâchis de talents et d’inspiration qui se délitent dans les gouttières du temps. Elle intervient à sa mesure, et en fonction de ses possibilités, mais il lui est impossible de remettre sur le marbre toutes les malfaçons de la société !

Avant d’aller plus loin dans la philosophie d’une conception nouvelle, il me faut préciser qu’il y a une différence nettement marquée entre l’écriture et la littérature, sans quoi toutes les personnes qui savent écrire seraient écrivains, à commencer par les enseignants, les médecins, les avocats, les notaires… Si c’était le cas, la chose se saurait ! Á titre informatif, je rappellerai que Rimbaud avait écrit la majeure partie de son œuvre à l’âge de 19 ans, que Jules Laforgue, mort à 27 ans, n’était pas un universitaire, tout comme, plus tard, Blaise Cendrars, par exemple, et bien d’autres. Cette évidence est une banalité que l’on perd trop souvent de vue ! Mais il ne faut pas donner dans  la démagogie, cet habit qui se porte si bien dans divers milieux ! Car il y a d’éminents universitaires qui sont également de grands écrivains. Comme on disait autrefois en médecine : « on peut avoir la vérole et un bureau de tabac » !

Pour mieux comprendre, je vais prendre un exemple, annexe et connexe, et avoir recours à l’analogie. Tout le monde sait et a appris à marcher depuis son plus jeune âge. Mais, quand à plusieurs centaines de mètres, dans un chemin de forêt, on aperçoit une silhouette de dos et que l’on sait immédiatement qu’il s’agit de Jean-Pierre, ou de Christine, ce n’est pas parce que l’un et l’autre savent marcher ! Mais tout simplement parce que Jean-Pierre et Christine n’ont pas la démarche d’Isabelle et de Félix ! Cette image, assurément simpliste, tente de montrer la différence qu’il y a entre l’écriture et la littérature.

Nous avons bien compris que la démarche de Jean-Pierre ou de Christine n’était pas celle de Félix ou d’Isabelle. Pourtant, les uns comme les autres savent marcher, comme d’autres savent écrire ! Mais chacun d’eux a une démarche qui lui appartient. Aucune d’elles est mieux ou moins bien que l’autre. Sur le plan littéraire, c’est un peu la même chose ! Chacun a un style qui lui est propre et s’appuie sur des supports métaphoriques qui varient en fonction de sa sensibilité, de son imaginaire, de son inspiration du moment et de tout l’attelage qui remorque son expérience de vie.

C’est la différence, sur la palette des styles, qui favorise l’enrichissement et la mosaïque littéraire.  C’est la raison pour laquelle il n’y a pas, à simple titre d’exemple, parmi les étoiles de la poésie d’intense magnitude, un poète plus « grand » que l’autre ! Il y a simplement des voix qui sont plus en harmonie que d’autres avec nos capteurs affectifs, notre syntaxe du cœur, le langage de nos artères. Notre jugement sur la valeur d’un poète sera donc subjectif et souvent variable, selon les évènements qui tapissent notre chemin de vie. Il faut désacraliser le mythe du « plus grand » poète, écrivain ou créateur dans n’importe quelle discipline des arts. On a toujours tendance à tomber dans le piège de la norme normative ! Il est important, avant d’émettre le moindre jugement péremptoire et définitif, de savoir qu’à l’usine de nos amours, nous ne pointons pas tous de la même manière !

Comment, par exemple, peut-on affirmer, d’une façon obtuse, que parmi ces quelques poètes il y en a un plus immense que les autres : Gérard de Nerval, Baudelaire, Marceline Desbordes-Valmore, Rimbaud, Mallarmé, Jules Laforgue, Tristan Corbière, Lautréamont, Verlaine et, plus près de nous, Guillaume Apollinaire, Antonin Artaud ou Paul Éluard ? Á moins d’être habité par un orgueil démesuré ou une généreuse méconnaissance, nul ne peut, sérieusement, affirmer que l’une de ces poutres maîtresses de la poésie française est plus luminescente que les autres. Il y a des choix qui sont inhérents à la sensibilité de chacun, mais en la matière, il faut se bien garder de franchir certaines frontières  de la dialectique !

Tout est aléatoire, protéiforme et à base d’amour, ce qui signifie que les jugements subjectifs sont réfractaires à toutes les dictatures de la pensée ! Souvenons-nous du mot de Voltaire à propos de la beauté : « ce qu’il y a de plus beau pour un crapaud, c’est une crapaude ! »

Sous des apparences, des réalisations et des modalités qui ne peuvent pas rallier toutes les voix, l’Académie Balzac, la première école littéraire française du XXIème siècle, entend se démarquer de tous les courants d’influence qui font la loi dans le monde des Belles Lettres, et s’ouvrir, par le jeu de la communication et des technologies novatrices, à une conception nouvelle de la technique littéraire. Chacun et chacune doit aller à la recherche de soi par le kaléidoscope des autres.

La course est engagée et le temps presse ! Car déverrouiller les esprits et les conceptions de la créativité littéraire pour s’ouvrir sur d’autres clairières appartient prioritairement à la mission de toute personne qui entend devenir écrivain et non plus scribe.

C’est au travers d’une aventure collective, par l’astreinte dans la liberté et la contrainte dans le mixage des apports autres, que l’écrivain potentiel se révélera par le biais de son talent, fondu dans un chaudron commun, pour que jaillisse une œuvre dont l’empreinte de chacun deviendra celle de tous.

L’Académie Balzac, dans sa logique et ses objectifs, a toutes les bonnes raisons de penser que cette étape, formatrice et révélatrice, constituera un carrefour qui permettra à chacun et à chacune de repartir sur son chemin, individuel cette fois, éclairé par les feux d’une créativité où les imprévus et les innovations lui permettront, je l’espère de plein cœur, d’entreprendre une démarche personnalisée sur les pavés d’une littérature nouvelle.

Il y a toujours d’excellentes raisons, dans une société qui nous a appris qu’il était préférable de réussir dans la vie plutôt que de réussir sa vie, de laisser en jachère ses idéaux, de remettre à plus tard ses projets de créativité, jusqu’au jour où le « plus tard » deviendra le « trop tard » ! Pourtant, être soi, dans un monde souvent touché par la cécité et la surdité devient presque un luxe éminemment périlleux ! D’autant que l’on redoute parfois de blesser le regard des l’autres ! Car ils sont tous au rendez-vous, accoudés au bastingage de la norme, pour épier vos illégitimes comportements, histoire de vous lancer l’anathème si vous empruntez un autre chemin qu’eux ! Je ne puis m’ériger en maître des consciences, toutefois je vous affirme que c’est la marge qui fait la page ! Enfin, sachez que toutes les ultimes décisions qui ternissent ou qui illuminent votre vie vous appartiennent.     

 

Chers Amis et Chères Amies de la littérature, affutez votre imaginaire sur les meules de votre inspiration avec patience, détermination et modestie. Que les muses bienveillantes vous escortent tout au long de cette croisière. Bien à vous.

 

                                                     Michel Dansel

                                   Directeur littéraire de l’Académie Balzac

 

                                                       

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Published by Michel Dansel
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commentaires

maidanwa rosalie 30/11/2016 18:44

mais je n'arrive pas à télécharger la version numérique, si quelqu'un pouvait m'aider ça me ferait plaisir

maidanwa rosalie 30/11/2016 18:42

bonsoir à tous les lecteurs de ce site, moi, j'aimerais bien faire une étude sur une des oeuvres de Michel Dansel, Le Train de Nulle Part